Rencontre avec Manzalab

Entreprise française spécialisée dans les serious games, Manzalab possède un impressionnant catalogue de clients tant passés que présents. Elle va prochainement utiliser son système de dialogue Replica pour plusieurs scénarios de formations allant des ressources humaines à la santé. Ronnie Dungan a posé quelques quelques questions à Clement Merville pour en apprendre plus.

Basé à Paris, le développeur de serious games Manzalab a une mission : diffuser la connaissance à travers le jeu et le plaisir, selon son président, Clément Merville.

En effet, son nom est une référence à l’arbre de la connaissance de la bible, puisque Manzana signifie pomme en espagnol. Depuis sa création en 2010, la société a diffusé sa connaissance, et son fun, à un catalogue florissant de plus d’une trentaine de clients. Parmi ceux-ci, il y a notamment huit sociétés du CAC 40, comme Sanofi, SFR, EGA, AXA et Renault. La liste inclut d’autres noms très connus comme le Crédit Agricole et les sociétés d’assurances MAIF et MGEN.

L’éducation des adultes est également l’un des leitmotiv de l’entreprise, qui a un partenariat avec l’AFPA, l’association française pour la formation professionnelle des adultes, l’une des plus grosses organisations de ce type en Europe. Elle forme près de 850 000 personnes chaque année. Manzalab joue un rôle important dans l’évolution de l’AFPA vers un futur davantage tourné vers le numérique. Le développeur collabore ainsi avec l’association sur plusieurs projets de serious gaming qui couvrent des sujets aussi variés que l’entraînement à la vente, l’électricité ou les métiers de la santé.

La plupart des formations de Manzalab s’articulent autour de son moteur de dialogue Replica, qui est basé sur Unity 3D. En fonction des projets, il est possible d’y ajouter des améliorations et des fonctionnalités créées sur mesure.

“Nous avons une réelle approche recherche et développement” explique Clement Merville. “Nous dépensons près de 30% de nos revenus en R&D. L’année dernière, nous avons débuté deux projets R&D et achevé un autre pour la Direction Générale de l’Armement.

En France, c’est la première fois que la DGA a travaillé avec une société de serious-gaming et ils nous ont choisis. C’est un programme qui durera au minimum trois ans, et nous travaillons dessus avec un laboratoire public.

L’idée est que nous allons créer un simulateur d’hélicoptère qui utilisera l’Occulus (un casque de réalité virtuelle) et nous allons également incorporer un casque EEG. De cette façon nous pourrons étudier les ondes cérébrales de la personne qui utilise le programme pour avoir une boucle en temps réel entre le cerveau et le simulateur, de façon à optimiser l’entraînement.

Manzalab logoNous pouvons détecter les ondes cérébrales, ainsi nous voyons si l’étudiant est toujours en train d’apprendre ou s’il est devenu un expert. C’est un peu comme lorsque vous conduisez une voiture sans avoir besoin de penser. Nous cherchons le moment où l’étudiant atteint cette étape”.

Un autre programme est sponsorisé par le Ministère de l’Éducation Nationale et enseigne aux enfants à lire grâce à l’utilisation de jeux sur une tablette.

“Un autre projet concernait la neuroscience et nous avons travaillé avec le neurologue le plus célèbre de France, Stanislas Dahaene. Il étudie comment le cerveau apprend et se transforme quand il le fait. Il a émis une théorie sur l’apprentissage et les jeux en utilisant ces quatre piliers : attention, engagement, retour (renforcement positif) et consolidation (après quelques semaines, vous avez besoin de consolider ce que vous avez appris ou vous l’oubliez).

Hier, tout le monde parlait d’éducation, mais l’éducation est quelque chose de très passif. C’est juste une façon de faire, et elle n’est pas toujours efficace. Aujourd’hui, nous parlons de formation et ce que nous faisons c’est expérimenter. La formation avec des aspects émotionnels”.

Un de ses premiers projets, financé par la Fondation SFR, était un programme d’entraînement au recrutement qui utilisait le moteur de dialogue Replica pour aider à former les personnes qui ont du mal à trouver leur premier emploi et pour les guider à travers les processus d’entretien.

“Il s’agissait d’apprendre les bases : être à l’heure, bien s’habiller, être poli, éteindre son portable etc. Tout ça passait par le moteur de dialogue, Replica.

L’un des aspects important est que nous pensons que chaque personne possède au moins une capacité qui la rend différente. Donc, nous l’avons ajouté comme une carte maîtresse dans le jeu. La clé, c’est de savoir quand la jouer.

Vous simulez tout l’entretien et le score est différent selon la façon dont vous vous comportez. A la fin, vous avez un rapport sur ce que vous avez bien fait ou non”.

Les futurs projets de la société impliquent de nouvelles technologies et des territoires inédits. Désormais, la plupart de ses travaux en R&D concernent la réalité virtuelle, notamment sur mobiles en utilisant le Google Cardboard (des lunettes de réalité virtuelle très bon marché en carton). Une simulation d’entretien sur téléphones portables et utilisant la reconnaissance vocale est également dans les tuyaux.

Mais c’est lors d’un récent voyage aux États-Unis que Clément Merville a trouvé de nouvelles opportunités. Il semblerait que l’utilisation du serious gaming dans les ressources humaines n’a pas atteint le même niveau outre-Atlantique qu’en Europe. Avec cette idée en tête, Manzalab a désormais des représentants en Amérique, pour la première fois.

“Ce n’est pas encore arrivé au niveau des entreprises. Ils ne l’ont pas encore vu, ce qui m’a beaucoup surpris. Nous avons eu des conversations très intéressantes avec des personnes qui ont de l’argent mais manquent de savoir-faire. C’est donc une opportunité pour nous.”

 

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