La place du seriousgame dans les dispositifs de formation par Anne Gibassier

Moocs, mobile learning, social learning, serious game, adaptive learning….Face à l’impressionnante palette des modalités disponibles, la principale question que se posent les personnes en charge de projets de digitalisation de la formation est généralement celle-ci : « J’ai telle problématique de formation à régler. Mais comment puis-je savoir si j’ai plutôt besoin d‘un MOOC, ou plutôt d’un serious game, ou plutôt d’une solution mobile learning, etc. ? » Nous avons demandé son avis à Anne Gibassier, chef de projet chez Micropole Institute. 

« Tout d’abord, définissons quelques critères simples, et appliquons-les aux différentes modalités que nous voulons examiner… Je vous propose d’en retenir 5 :

  • la thématique de formation à traiter,
  • la cible,
  • le tempo,
  • les formats,
  • et les aspects budgétaires.

MOOC D’ENTREPRISE

Si vous avez identifié une thématique corporate importante, un sujet porteur, avec une dimension d’entreprise, comme par exemple la digitalisation, ou la fabrication additive si vous êtes un grand groupe industriel technologique…

Si vous avez identifié une population suffisamment importante pour jouer votre MOOC plusieurs fois dans l’année. Si vous cherchez à faire émerger un groupe, à créer une communauté, mais que vous êtes en même temps prêts à accepter que tous n’aillent pas jusqu’au bout…

Si votre public cible a la capacité de dégager 1h, 2h, voire 3 h par semaine durant plusieurs semaines d’affilée…

Si vous cherchez à vous rapprocher de l’expérience utilisateur internet, centrée sur des vidéos et que vos experts sont prêts à se lancer dans des tournages vidéo…

Et si vous êtes prêt à mettre sur la table un budget qui permette de financer une réelle ingénierie, alors vous êtes mûrs pour un MOOC d’entreprise !
MOBILE LEARNING

Si vous avez identifié des thématiques qui se prêtent à des formats courts, sur des sujets pas trop sensibles,

Si votre public cible est équipé de smartphones, et prêt à se confronter au mélange vie privée/vie professionnelle,

Si vous êtes prêt à prendre en compte un potentiel parasitage (SMS, appels, notifications…) qui fait qu’on n’a pas le même niveau de concentration que sur une formation plus classique, et qui vous obligera à concevoir des grains pédagogiques qui puissent être vus n’importe quand, interrompus et repris en libre service…

Si vous êtes prêts à limiter les médias à des textes concis, des images, des photos, mini quiz, vidéos très courtes et que vous n’avez pas peur d’un peu de gamification,

Et que pour un budget raisonnable vous êtes prêt à assigner à cette modalité le rôle de sensibilisation, d’ancrage, d’évaluation ou de révision (… donc souvent en complément d’une autre modalité)

… alors c’est du MOBLILE LEARNING qu’il vous faut !

SOCIAL LEARNING

Apprendre ensemble répond à un besoin d’appartenance qu’on a perdu dans le e-learning pur, mais qu’on retrouve dans le présentiel, dans les MOOCs, mais aussi par exemple dans les RSE (réseaux Sociaux d’Entreprise), dans les forums des LMS (Learning Management System), dans les plateformes collaboratives…

Faire le choix du social learning suppose d’identifier des sujets qui se prêtent à une co-construction des savoirs et une cible en demande d’appartenance et de lien social. Il faut être prêt à jongler entre des tempos synchrones et d’autres asynchrones, à s’appuyer sur des outils variés (réseaux sociaux, chats, forums…) Et ne pas négliger le fait qu’une partie de l’investissement porte à la fois sur ces vecteurs mais aussi sur l’indispensable animation à prévoir (community management) pour orchestrer tout cela !

SERIOUS GAME

Si vous pensez au serious game, il y a de fortes chances que vous ayez identifié une thématique qui se prête bien au comportemental, avec une logique de choix à mettre en œuvre.

Portez une attention particulière au type de public, qui doit aimer le challenge, et éventuellement la compétition (attention au public très averti qui peut se trouver déçu, et public non-averti qui peut se sentir perdu).

Côté tempo, le serious game requiert des phases d’immersion, donc prévoyez des cheminements parfois relativement longs pour lesquels il faudra proposer un découpage en épisodes, ou en niveaux (les fameux levels !)

Côté format, attendez-vous à des degrés de scénarisation et de graphismes parmi les plus poussés, le corollaire étant bien sûr un niveau d’investissement, tant en délai qu’en budget, conséquent pour un véritable serious game, plus modéré pour un learning game.

ADAPTIVE LEARNING

Enfin, nous ne terminerons pas ce rapide tour d’horizon sans un mot sur l’adaptive learning, dernier né des tendances à connaître pour cerner les outils digitaux au service d’une pédagogie innovante…

Un peu à la façon dont les algorithmes nous proposent des publicités ciblées, l’adaptive learning nous fait la promesse d’un parcours de formation personnalisé, idéal en fonction de notre profil ou des données que nous générons.

Mais pour cela attention : il faut que la banque de questions ou le catalogue de formation soit suffisamment bien indexé, large et riche pour que l’algorithme aille piocher dedans.

Pour ce qui est de la cible, cela peut être tout le monde… à partir du moment où on laisse des traces numériques !

Côté tempo et format, ce seraient par définition deux des gros avantages de l’adaptive learning puisque la ressource est précisément censée s’adapter à votre profil d’apprentissage.

Enfin côté financier, pour l’instant deux possibilités s’offrent à vous : partir d’un existant qu’il faut cartographier façon knowledge management et faire tourner l’algorithme dessus, ou créer de toute pièce un ensemble de ressources pédagogiques pertinentes et faire tourner l’algorithme dessus. Il y a fort à parier que la vérité sera entre les deux, … mais cela, c’est l’avenir qui nous le dira !

EN CONCLUSION

En conclusion, ne laissez jamais un commanditaire vous dire « il nous faut un MOOC » ou « il nous faut un serious game » : reposez la question sous cet angle « Quel problème voulez-vous résoudre, et pourquoi ? ». Vous découvrirez alors que la solution est parfois un changement d’organisation, parfois une action managériale, et assez souvent une action de formation. C’est alors l’analyse de la thématique, de la cible, du tempo, du format et du budget qui vous permettra de vous orienter vers l’une ou l’autre des solutions que nous avons proposées… Alors, à vous de jouer ! »

Anne Gibassier

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