Interview Pierre Alain Cagne, Dowino

Il est des rencontres qui vous rendent fier de votre industrie. Dowino en est une. Ce studio a décidé de faire des jeux sérieux pour aider à améliorer le monde, notre quotidien, celui des plus démunis, handicapés. Nous avons eu le plaisir de rencontrer un des 3 fondateurs qui a bien voulu répondre à quelques questions.

1. Dowino est un des pionniers Français du serious game. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a poussé à positionner la société sur ce secteur.
Mes associés, Nordine Ghachi et Jérôme Cattenot avaient déjà 10 ans d’expérience dans le serious game en tant que salariés. A la création de DOWiNO, nous avons souhaité mettre nos expériences et savoir-faire respectifs au service de thématiques utiles à l’intérêt général telles que le développement durable, la santé publique, le handicap, la citoyenneté etc… c’est ce qu’on appelle les ‘games for change’ !

 
2. Quel est votre backgroung personnel ?
Pour ma part, j’ai travaillé dans le marketing (notamment dans l’agroalimentaire) pendant une dizaine d’année, à la fois dans des PME et des grands groupes internationaux. Mais j’ai toujours eu envie de créer une entreprise, depuis ma formation en école de commerce.

 
3. Pourquoi croyez-vous dans le pouvoir des jeux en entreprise ?
Le jeu vidéo touche aujourd’hui tout le monde (moyenne d’âge de plus en plus haute) et tout le temps (grâce aux supports mobiles). Et pour toucher une population ‘adulte’ qui travaille toute la journée, quoi de mieux que l’entreprise ? De plus, l’entreprise d’aujourd’hui est de plus en plus engagée dans des sujets de développement durable, de responsabilité sociale, de handicap afin de donner du sens à son activité et à celle de ses salariés. C’est donc parfaitement en phase avec notre positionnement.

 
4. Quel est votre produit phare ? En quoi consiste il ?
Nous avons lancé ‘A Blind Legend’ en octobre 2015. Il s’agit d’un jeu vidéo d’aventure en 3D, sans image ! Il est à destination à la fois des non-voyants mais également des personnes valides souhaitant vivre une expérience sensorielle inédite en se mettant dans la peau d’un chevalier aveugle. Ce jeu, que nous avons co-produit avec France Culture cumule déjà plus de 800 000 téléchargements sur l’apple store et le google play store.

 
5. Quel segment de marché visez-vous ? Qui est susceptible d’être intéressé par vos services ?
Nous ne visons pas un segment ou une activité ou un type d’organisation particulier. Nous choisissons nos projets en fonction de la portée sociale qu’ils peuvent avoir. Toute entreprise, association, institution publique peut donc être intéressé par nos produits, que ce soit pour former ses salariés, sensibiliser ses parties prenantes ou communiquer efficacement.

 
6. Pouvez-vous nous donner une idée de budget et de votre business model ?
La plupart de nos jeux, que nous concevons entièrement sur-mesure, se situent dans une fourchette budgétaire comprise entre 50 000 et 200 000€ HT.

 
7. Avez-vous la possibilité de nous parler d’une campagne réussie avec un client ?
Nous avons travaillé avec Dinno Santé sur GlucoZor, un jeu de type ‘pet game’ à destination des enfants diabétiques de type 1. Dans ce jeu, ils doivent s’occuper d’un petit animal virtuel, lui aussi diabétique. Le jeu a rencontré un franc succès (plusieurs dizaines de milliers de joueurs), aussi bien auprès des enfants diabétiques que des médecins et même des enfants sans diabète !
Nous allons aujourd’hui travailler une v2 du jeu qui permettra d’ajouter de nouvelles fonctionnalités et de le traduire dans 5 langues pour une diffusion dans le monde entier !

 
8. Avez-vous des conseils à donner à des sociétés potentiellement intéressées par vos services ?
Qu’ils nous contactent le plus en amont possible de leur projet, afin que l’on puisse être force de proposition sur un concept original et sur tous les aspects du jeu (gameplay, écriture, graphisme, technique, sound design…). Cela leur permettra de mieux se projeter sur quelque chose de concret et de mieux ‘vendre’ leur projet en interne.

 
9. Quel sont vos objectifs à moyens terme ? Comment voyez-vous votre développement ?
Nous visons un développement ‘durable’ et raisonnable car nous ne souhaitons pas grandir pour grandir. Nous préférons grandir progressivement en travaillant uniquement sur des projets de qualité, en phase avec nos valeurs.

 
10. Comment voyez-vous le marché évoluer à 5 ans ?
Aujourd’hui le marché du serious game et celui du jeu vidéo sont très éloignés l’un de l’autre. D’ici 5 ans, nous pensons que cette frontière va peu à peu s’estomper avec d’un côté, des studios de jeu vidéo prenant en compte des sujets ‘sérieux’ dans leurs productions (exemple : Paper Please, That Dragon Cancer…) et d’un autre côté des studios de serious games qui mettront de plus en plus au cœur de leurs réflexions et de leurs réalisations le ‘flow’, la créativité, le plaisir de jouer et les émotions.

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