Comprendre les fake news avec « Fake it to make it »

Au lieu de beaux discours sur l’importance de vérifier la fiabilité d’une information, pourquoi ne pas inviter les enfants et les adolescents à comprendre l’impact d’une fake news ? C’est le parti pris qu’a choisi le jeu américain  Fake it to Make it qui est récemment sorti aux Etats-Unis.

Une idée qui a germé dans l’esprit de sa créatrice, Amanda Warner, lors de la campagne présidentielle américaine, où les fake news avaient pollué le débat démocratique. Accessible directement sur Internet, ce jeu invite les participants à créer des fausses nouvelles et à les diffuser le plus possible. Ils peuvent rédiger leurs propres articles ou en copier des déjà existants, puis les partager sur des faux réseaux sociaux. Et pour augmenter l’audience de leurs articles, ils peuvent acheter de faux profils sur les réseaux sociaux qui partageront l’information.

Une manière de faire prendre conscience aux joueurs de la facilité à fabriquer des rumeurs et à les diffuser massivement sur le Web. En France, la diffusion de fausses infos est aussi un sujet de préoccupation pour les autorités car elles envahissent le Web bien plus vite que toute information vérifiée. Colportées pour motifs commerciaux ou idéologiques et relayées par des millions d’internautes, elles sont difficiles à contrer. Même si de plus en plus de médias font du fact-checking.

« Une manière de mieux appréhender le phénomène »

« Cette initiative est intéressante car le fait de mettre en pratique la création de fake news peut être pour les enfants, une manière de mieux appréhender le phénomène », commente Thomas Rohmer, président de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique. Cependant, il ne faut pas attendre de ce type de jeux monts et merveille, souligne-t-il : « Le propre des réseaux sociaux c’est de jouer sur la corde narcissique de ses utilisateurs. Ces derniers sont donc incités à faire le buzz pour exister et les fake news peuvent y contribuer. Alors même si les jeunes peuvent être davantage sensibilisés à leurs effets, ils continueront à en diffuser certaines », indique-t-il.

Un avis mitigé partagé par Jean-Marc Merriaux, directeur général du Clemi  (Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information) : « En France, des serious games du même type sont sortis, comme 2025 ex machina qui sensibilisait les jeunes à la bonne utilisation des réseaux sociaux. Ces jeux peuvent être des outils pédagogiques intéressants, à condition qu’ils aient été conçus pas uniquement par un créateur de jeu, mais aussi par des pédagogues », recommande-t-il. Autre impératif selon Jean-Marc Merriaux : « Que ce jeu ait une physionomie différente des autres jeux vidéos destinés aux enfants/adolescents. Car ils doivent pouvoir faire la distinction entre ce jeu éducatif et d’autres jeux à finalité uniquement ludique. » Enfin, selon lui, « ce type de jeu est utile s’il y a un temps de discussion après son utilisation, avec les parents ou un enseignant », insiste-t-il.

L’Education nationale s’est aussi attaquée aux fake news
Si Fake it to Make it n’est pas encore sorti en version française, d’autres outils existent déjà pour lutter contre la désinformation. L’Education nationale s’est attelée à cette lutte contre la désinformation, en l’accentuant encore depuis les attentats de 2005. La semaine de la presse et des médias dans l’école dont la dernière édition vient d’avoir lieu, est l’occasion de multiplier les initiatives pour développer l’esprit critique des élèves par rapport à ce qu’ils lisent sur le Web. « Dans ce cadre, la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou a organisé un atelier de fact-checking « Info/Intox », lors duquel les enfants étaient invités à vérifier d’où venait une informationdonnée. C’était très instructif », souligne Jean-Marc Merriaux. Sur le site du Clemi, des vidéos pédagogiques donnent des clés aux jeunes pour distinguer les vraies des fausses news.

« Si toutes ces initiatives autour de la détection des fake news sont intéressantes, il est impératif aussi de cibler les adultes qui participent activement à leur diffusion », souligne Thomas Rohmer.

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