Interview métier: Nicolas Cabos, scénariste

Nous avons rencontré Nicolas Cabos, scénariste chez Manzalab. Nicolas illustre parfaitement l’émergence de nouveaux métiers dans le serious games. Il supervise « l’écriture » du studio et nous en dit plus sur son rôle.

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai 44 ans, et j’ai rejoint Manzalab il y a tout juste un an. Après des études de lettres je me suis lancé dans une première carrière dans le cinéma. J’ai dû y effectuer l’ensemble des métiers sauf celui d’acteur !! Pour satisfaire ma passion pour l’écriture, j’ai travaillé sur les scénarios de films et de mini-séries telles que Scènes de ménage.  Par ailleurs, j’ai co-écrit avec Arnaud Balvay un livre, John Ford et les Indiens, et j’enseigne la cinéphilie à l’ESG.

Qu’est-ce qui vous a fait rejoindre l’univers du serious games ?

En tant que dialoguiste, je mesurais bien l’importance des mots. Mais comme le cinéma est, par définition, un média non-interactif, je n’en voyais jamais une conséquence réelle sur le déroulement du film.

Le fait que les mots puissent enfin avoir un impact direct et variable sur le déroulé de l’expérience est quelque chose qui a titillé ma curiosité. Pour cette raison la façon de délivrer le message prend encore plus d’importance. Enfin, cela me permettait de cumuler l’aspect enseignement et écriture.

A quel moment du projet intervenez-vous ?

Dès le début, en fait. La première phase consiste à établir avec le client les intentions pédagogiques et le ton souhaité. Selon la culture de la société et la population cible, le ton peut énormément varier.

Par la suite, nous réalisons un synopsis, puis une arborescence avec le cheminement général avec des exemples de dialogues quand c’est nécessaire pour illustrer l’intention.

Nous passons ensuite à la phase d’écriture des dialogues.

Enfin, et parce que le scénario et le montage sont intimement liés, nous plaçons les caméras et nous effectuons le découpage technique.

Vous vous exprimez dans le cadre d’un moteur de dialogue interne appelé Réplica. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Réplica nous donne un cadre très performant pour gérer des dialogues riches. Il permet, et c’est la base, des choix de réponses diverses dans le cadre d’une limite de temps. De façon plus originale, il permet la gestion du silence et des interruptions. En ne répondant pas, en interrompant à bon ou à mauvais escient, vous impactez la météo émotionnelle de notre interlocuteur.  Comme dans la vraie vie, l’important ne se limite pas à ce que l’on dit mais à la façon de le faire. Ces fonctionnalités permettent de décupler l’aspect « comportemental » du dialogue et de le différencier encore plus d’un QCM amélioré. Avec le moteur replica, on peut non seulement intégrer l’acquisition de compétences, mais aussi, et de façon importante, l’acquisition des bonnes attitudes.

Pourriez-vous nous donner des exemples illustrant cette richesse ?

La bonne attitude n’est pas seulement donner la bonne réponse, c’est savoir quand la donner. Il peut être pertinent de ne pas répondre, pour soit amener votre interlocuteur à répondre lui-même, soit le déstabiliser et le faire vous poser la question à nouveau. De même, une bonne réponse à un instant T peut devenir une mauvaise quelques secondes plus tard. C’est comme ça dans la vie ! Et sans tomber dans le vérisme – nous sommes plus dans une forme de néo-réalisme – intégrer cette fonctionnalité dans un jeu renforce l’immersion, et donc l’apprentissage.

Quel type de bilan le moteur Replica donne-t-il à l’apprenant ?

Un coach virtuel fait le bilan global de l’expérience. Tout en montrant ce qui n’allait pas, ce bilan est fait avec bienveillance. Il se base sur les axes d’amélioration possibles. Puis, il y a un bilan détaillé, question par question, écrit et imprimable.

Quelles conséquences aura la réalité virtuelle et la reconnaissance vocale sur votre métier ?

Plus nous irons vers une immersion riche et plus nous devrons aller vers une écriture dense, créative et dynamique. Nous parlons plus vite que nous lisons et par conséquent, nous devrons nous éloigner du style littéraire pour nous rapprocher encore plus de l’écriture du cinéma.

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